“Un chef d’œuvre, ça donne du souffle” !
Directeur Général adjoint de Sciencescom, Eric Warin détaille les tenants et les aboutissants du “chef d’œuvre”. Une étape par laquelle il est passé, il y a 20 ans, lorsqu’il était lui-même étudiant de l’école.
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En fin de cursus, les étudiants doivent réaliser un “chef d’œuvre”. Quel en est le postulat de départ ?
Le chef d’œuvre incarne l’idée que l’école se fait de la pédagogie. Pour fêter ses 25 ans, elle a voulu en faire un symbole. En paraphrasant les philosophes, on pourrait dire qu’enseigner, ”c’est allumer un feu, plutôt que remplir un vase”. Le vase, nous autres pédagogues, nous savons le remplir sur le plan technique, mais nous ne disposons pas d’outil pour permettre à l’étudiant de mieux se connaître, de se surprendre, se révéler. En fin de parcours universitaire ce que l’on connaît le moins finalement, c’est peut-être soi-même. D’où l’idée du chef d’œuvre. C’est un peu “connais-toi toi-même”….
Que mettez-vous derrière cette notion de “chef d’œuvre” ?
Il s’agit pour l’étudiant de réaliser un projet qui lui tient à cœur depuis longtemps et dont il a toujours repoussé la mise en œuvre. L’idée est qu’il profite de cette dernière année d’études pour se lancer. Ecrire une pièce de théâtre, accomplir un défi sportif ou une action humanitaire, peindre, composer, cuisiner, rencontrer une personnalité… peu importe le sujet et la hauteur à laquelle chacun placera la barre, c’est ce passage à lʼacte qui sera son “chef dʼœuvre”. Ce qui compte, c’est d’écouter sa petite musique intérieure, avec un maximum de sincérité. La réussite est presque accessoire et le chef d’œuvre n’est même pas évalué. On n’est pas obligé de devenir virtuose si on se met au piano. Au moins, on aura tenté.
Vous-même, vous avez réalisé un chef d’œuvre lorsque vous étiez étudiant à Sciencescom. C’était quoi ?
Je m’intéressais au patrimoine. Je me suis lancé dans la restauration d’un moulin à vent du XVIe siècle, situé à Batz-sur-mer. J’ai créé l’association “Mnémosyne”, du nom de la déesse de la mémoire, pour collecter des fonds et créer un musée. Il m’a fallu dénicher un amoulangeur - le charpentier des moulins - convaincre les collectivités locales et trouver des soutiens financiers auprès d’entreprises de la région. J’avais neuf mois pour rassembler un million de francs et commencer les travaux !
Et ça vous a apporté quoi ?
A l’époque, beaucoup de satisfaction et un peu de fierté. La ruine s’est de nouveau animée et j’ai créé un emploi, celui du meunier, Xavier, toujours en place 20 ans après. Avec le recul, je dirais que ça m’a apporté du souffle ; de la confiance et de l’énergie, comme le vent dans les voiles. Réussir quelque chose qu’on a tenté, ça permet de se convaincre que le plus dur, c’est souvent de commencer. Aujourd’hui, c’est un peu loin. Je regarde tout ça avec tendresse et ironie. Petites, mes filles - mes vrais chefs d’œuvre - l’appelaient “le moulin de papa”. On est loin de “Voyage au bout de la nuit“ ou de “What’s going on”. Ça, j’essaie… dès demain. Promis juré)
